
Vierge d’Ile-de-France nord, ciment et plâtre, collection du FRAC Ile-de-France
Art contemporain
Installation des œuvres de Michel Charpentier dans le jardin de la Maison Jean Cocteau
→ Du jeudi 17 avril 2025 au vendredi 1 janvier 2055
À partir du 3 mai 2025, deux sculptures de Michel Charpentier (1927-2023), issues de la collection du FRAC (Fonds régional d’art contemporain) d’Ile-de-France, seront présentées dans le jardin de la Maison Jean Cocteau de Milly-la-Forêt.
En écho à l’exposition proposée par le FRAC, Berserk et Pyrrhia, sur les liens entre art contemporain et art médiéval, qui sera présentée dans les deux lieux du FRAC et dans douze lieux hors les murs, la Maison Jean Cocteau installe les deux Vierges d’Ile-de-France, œuvres de Michel Charpentier, dans le jardin face à l’entrée.
À première vue, ces deux Vierges à l’enfant peuvent étonner par leur allure grotesque et quelque peu décrépie. Pour Michel Charpentier, adepte de ces sculptures de plein air en ciment gris, grandeur nature, elles sont le reflet d’une humanité souffrante, comme le sont ses Cantatrices à la bouche grande ouverte. En référence aux statues des cathédrales d’Ile-de-France, ces Vierges à l’enfant - sud et nord, comme si elles avaient été placées devant chacun des portails des églises- font partie de l’histoire de la Région, une histoire que le sculpteur teinte d’humour et de dérision. Elles auront pour toile de fond les murs du vieux château qui jouxte le jardin, faisant ainsi le lien entre les statues des cathédrales et l’origine médiévale du château. Mais ce Moyen-Âge est bel et bien réinventé. Charpentier et Cocteau se connaissaient : c’est à Rome, alors que Michel Charpentier était pensionnaire de la Villa Médicis, que Jean Cocteau remarqua ses sculptures si étranges. « C’est formidable ! Il faut aider ce jeune homme ! » dit le poète, touché par cette vision d’une humanité souffrante, imprégnée de sacré. Une vision qui, indubitablement, les rapproche.
Biographie de Michel CHARPENTIER (6 septembre 1927 à Auvers sur Oise - 2 juillet 2023 à Cavaillon).
Premier grand prix de Rome en médaille
Pensionnaire de l'académie de France, Villa Médicis de 1951 à 1955. C’est à Rome qu’il rencontre Jean Cocteau
Prix Malraux de la biennale de Paris 1963
Exposition au musée d'art moderne de Paris en 1965
À partir de 1967, membre du comité directeur du Salon de Mai
Professeur, chef d'atelier de sculpture à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, de 1973 à 1991
Exposition rétrospective en 1991 à l'Ecole des Beaux-Arts
Aménagement de son Bois de sculptures, un espace paysager et jardin initiatique, à Vallangoujard, dans le Val d'Oise, de 1994 à 2002
Grand prix Simone et Cino Del Duca, en 2007
Ouverture au public en 2019 du Jardin de sculptures Michel CHARPENTIER, une installation pérenne de 25 œuvres, à Valmondois, Val d'Oise
Ouverture au public en 2022 de l'Espace Michel CHARPENTIER, une installation pérenne d'une vingtaine d'œuvres, en plein air, au chevet de l'abbatiale Saint-Yved, à Braine, Aisne.
Naître à Auvers sur Oise doit vraisemblablement constituer ce que l’on appelle des auspices favorables. Mais beaucoup de personnes sont nées à Auvers-sur-Oise sans devenir artiste peintre ou sculpteur. Avoir un grand-père qui a rencontré Van Gogh peut être considéré comme un signe supérieur du destin. Mais, là encore, tous ceux dont le grand-père a connu Van Gogh ne sont pas devenus nécessairement peintres ou sculpteurs. Il faut donc envisager que Michel Charpentier, qui répond aux deux critères précédents, ait d’autres bonnes raisons qui l’ont poussé à devenir sculpteur.
L’homme parle de son travail avec une grande simplicité, avec une sorte d’étonnement permanent face à ce mystère.
« Qu’est-ce que c’est au fond la sculpture ? c’est du rêve à l’état solide ! » confie-t-il en souriant. Pour lui, la sculpture, c’est ce que l’on ne peut pas dire ou écrire, c’est finalement assez secret. Michel Charpentier, à la manière d’un acteur, pense qu’il doit « entrer dans la peau du personnage. » Cette peau prend une importance décisive dans ses sculptures. Peaux plissées, gonflées, tordues, formes déformées, participent à une vision grotesque mais non dénuée d’humanité.
Sa technique de ciment travaillé sur une armature métallique offre un champ de travail souple, vivant dont l’humour n’est pas absent. Il suffit de voir ses cantatrices pour s’en convaincre immédiatement. Michel Charpentier nous propose une humanité qui balance entre tragédie et comédie, et le discours qu’il tient m’apparaît comme plus indulgent que l’image qu’il nous renvoie de ce monde.