L'artiste
© Fonds Paul Ballerini, Archives départementales de l'Essonne
Jean Cocteau est né en 1889, la même année que la tour Eiffel, emblème de l’Exposition universelle de Paris. Le jeune Cocteau naît à Maisons-Laffitte dans une famille bourgeoise, fréquente les salons parisiens et se fait apprécier en déclamant ses poèmes dès 1907. La Grande Guerre (1914-1918) change radicalement les perspectives de sa génération. Au contact de géants comme Picasso ou Stravinsky, il se révèle artiste total, poète pratiquant le roman, le dessin, le théâtre, le cinéma. Ne se limitant jamais à une discipline, ce qui lui vaut cette image de “touche-à-tout”, il invente des formes de créations hybrides, combinant différents arts, manifestant un talent qui ignore les frontières du passé. Il a laissé une œuvre inqualifiable, tant par son étonnante diversité, où la poésie, sa manière d’envisager le monde, constitue le fil conducteur.
C’est ce travailleur acharné, toujours en veille, très éloigné de son image dilettante, qui trouve refuge à Milly-la-Forêt en 1947, tout en restant attaché à l’appartement du Palais-Royal à Paris où il vit avec Jean Marais. Dans Le Passé Défini, son journal écrit de 1951 à sa mort, s’il parle abondamment de ses voyages, de ses séjours dans le Midi chez Francine Weisweiller, il décrit sa vie à Milly comme des parenthèses de bonheur. La végétation qui pousse, les fleurs qui s’épanouissent, le printemps qui s’annonce, les oiseaux au sortir de l’hiver, tout est source d’étonnement. Les naissances, les morts de ses chiens et de ses chats, qu’il confie au couple de gardiens lorsqu’il s’absente, constituent une chronique du temps qui passe. La Maison est le lieu où, loin des mondanités parisiennes, il peut faire avancer ses nombreux projets, ceux qui lui tiennent à cœur comme ceux qui lui sont dictés par sa notoriété.
Sa maison a gardé l’empreinte de ses séjours, et s’il y manque sa silhouette au détour d’une porte ou sa voix qui vous interpelle, le bonheur de s’y trouver est intact.
Benoît Solès,
Président du GIP Maison Jean Cocteau
© Maison Jean Cocteau, Jacques-Émile Blanche (1861-1942), Jean Cocteau, Février 1912
Une jeunesse
Jean Cocteau est né à Maisons-Laffitte le 5 juillet 1889.
Issu d’une famille de la grande bourgeoisie parisienne, Jean Cocteau fit ses études au lycée Condorcet à Paris. Il était âgé de neuf ans lorsque son père se suicida.
Esprit artiste, esthète au tempérament de dandy, il publia ses premiers poèmes dès 1909 et devint une des figures à la mode du Tout-Paris et des salons que fréquentaient les Daudet, la comtesse de Noailles, Marcel Proust. En 1913, la création par Diaghilev du Sacre du printemps de Stravinsky fut pour lui une véritable révélation, qui devait influencer l’ensemble de son œuvre protéiforme.
Engagé comme ambulancier pendant la Première Guerre mondiale, il se lia d’amitié avec Apollinaire. C’est cette expérience qui inspira le roman Thomas l’Imposteur (1923).
L’entre-deux-guerres
Jean Cocteau, au faîte de sa gloire, connut une période d’intense créativité, placée sous le signe de l’avant-garde. Il collabora avec des musiciens tels Erik Satie (Parade, 1917) et Darius Milhaud, comme avec des peintres célèbres, dont Picasso en premier lieu.
Il témoigna dans son écriture d’une égale curiosité, s’essayant à la poésie d’inspiration futuriste, dadaïste ou cubiste : Le Cap de Bonne-Espérance (1919), au roman poétique : Le Potomak (1919), Les Enfants terribles (1929).
© Fonds Paul Ballerini, Archives départementales de l'Essonne
Du théâtre au cinéma
Il occupa également une grande place dans le théâtre, avec Les Mariés de la tour Eiffel (1921), La Voix humaine (1930), La Machine infernale (1934), Les Parents terribles (1938), Les Monstres sacrés (1940), La Machine à écrire (1941), L’Aigle à deux têtes (1946), Bacchus (1951).
Le cinéma devait à son tour attirer Jean Cocteau, qui donna au septième art des films et des scénarios marquants, parmi lesquels on citera Le Sang d’un poète (1930), L’Éternel retour (1943), La Belle et la Bête (1946), Les Parents terribles (1948), Orphée (1950), Le Testament d’Orphée (1960).
« Étonne-moi »
Il convient d’ajouter encore à la palette variée de ses talents celui de dessinateur et de peintre. On lui doit, outre des albums, la décoration des chapelles de Villefranche-sur-Mer et de Milly-la-Forêt.
Génial « touche-à-tout », passé maître dans l’art du sortilège, ce créateur que son originalité empêche d’enfermer dans telle ou telle mouvance littéraire ou artistique ne se voua qu’à un seul maître : l’étonnement — le sien comme celui des autres. « Étonne-moi », lui lance Diaghilev en 1912, un défi qu’il prend au pied de la lettre.
Jean Cocteau fut élu à l’Académie française le 3 mars 1955.
Il mourut à Milly-la-Forêt le 11 octobre 1963, et fut enterré dans la chapelle Saint-Blaise-des-Simples qu’il a décorée. www.chapelle-saint-blaise.org
D’après la biographie de l’Académie française